Interview François 1er: Ce qui fait la force de cette grande marque de vêtements

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Interview François 1er: Ce qui fait la force de cette grande marque de vêtements

22 septembre 2017 Non classé 0

Interview François 1er: Ce qui fait la force de cette grande marque de vêtements

A la culture l’on ne saurait dissocier l’art vestimentaire ! bien que pas trop en lumière au BURKINA FASO, la mode joue un très grand rôle dans le développement culturel du pays. François YAMEOGO alias FRANCOIS 1er, fait partie de ce cercle restreint des personnes qui ont contribué à tisser au BURKINA FASO, son identité vestimentaire.

La cote d’Ivoire son pays natal peut se vanter d’avoir fourni au BurkinaFaso, cette grande figure de la mode contemporaine ! quand il vient au monde dans les années avoisinant celles des indépendances ; Personne ne s’attendait à voir cet enfant de cette si profonde Afrique, sur le chemin de la mode, guidé par la passion de la machine à coudre.

BONJOUR FRANCOIS YAMEOGO ? Pour commencer expliquez-nous comment tout a commencé pour la marque FRANCOIS 1er ?

Oui Bonjour Kam ; euh tout a commencé depuis mon plus jeune âge, j’étais apprenti tailleur à Treichville (Côte d’ivoire), après cela je me suis rendu au Sénégal, toujours dans le cadre de ma formation. Apres le stage de du SENEGAL, je suis revenu en Côte d’Ivoire à gadoue, une ville non loin de la capitale ivoirienne. C’est plus tard après mon retour en Côte d’ivoire que je me suis rendu en France. C’était en 1978, arrivé à Paris j’ai travaillé dans de petits ateliers ou j’ai suivi des cours de modélisme ; mais ce n’était pas du tout facile, j’étais sans-papiers. De ces années de formation je me suis retrouvé avec des facultés de modéliste-styliste. J’ai travaillé dans des entreprises là-bas avant de créer en 1992 ma marque, FRANCOIS 1er.

Les difficultés que vous avez rencontrées pendant votre apprentissage ?

Le plus difficile à l’époque, c’est qu’on se retrouvait à 7 apprentis  dans un petit atelier de 9 m2.c’était un problème même pour dormir la nuit. Aussi l’apprentissage à l’époque c’était différent de ce que l’on voit aujourd’hui. En ce moment les cours étaient plus oraux que pratique. C’était tout un problème même d’avoir accès  la machine a coudre.il fallait écouter sans même prendre de notes donc  comprendre sur place, ça demandait une certaine intelligence !

Vous parcourez  l’Afrique à la recherche du savoir coudre. Toujours à la recherche d’une meilleure formation vous vous rendez en Europe. Vous vous y installez et y créez votre marque de vêtements. Aujourd’hui les ateliers FRANCOIS 1er sont plus installés en Afrique. Qu’est ce qui a conduit à cela.

J’évoluais en France, ma marque connaissait une grande expansion, j’avais des boutiques partout en France. Seulement il y’a eu la crise du textile. Le textile en Europe a donc pris un coup, et ce n’était plus facile de s’installer en tant que fabriquant avec du personnel et tout.je me suis dit que comme à la base j’étais venu en France pour me former et revenir en Afrique, pourquoi ne pas suivre mon programme ?c’est ainsi que j’ai décidé de revenir en Afrique.au départ je voulais m’installer en Côte d’Ivoire. J’avais même commencé à construire mes unités de productions. C’est en ce moment que la guerre a éclaté. Apres la guerre je n’ai pas voulu arrêté parce que j’étais toujours tiré par cette passion-là, j’ai décidé de me replier sur le Burkina Faso.la chance que j’ai eu à Ouagadougou, c’est qu’il y avait la matière première ; le coton !

Le Burkina Faso c’était un plan secours ?

Non ce n’était pas un plan de secours. Ces deux pays font partie de mon identité. La Cote d’Ivoire c’était mon pays d’Adoption je suis du Burkina Faso. Seulement j’ai appris à coudre en Côte d’Ivoire, j’y ai passé une grande partie de ma jeunesse, j’y avais tous mes amis et tout, donc j’étais plus attiré par ce pays. C’était à cause de ce facteur affectif là. Sinon même pendant tout ce temps que je passais en France ou en Côte d’Ivoire, je venais fréquemment au Burkina Faso.

Parlez-nous d’Anoumabo.

Oh Anoumabo c’était mon quartier d’enfance, je le connais très bien. C’est un quartier ivoirien, j’y vivais quand j’étais apprenti tailleur. Haha en notre temps, c’était Marcory Potopoto, après il y’a eu Anoumabo. Je me rappelle très bien de notre maison avec le toit qui fuitait. Quand il pleuvait l’eau inondait notre maison. C’était dans les années 70. En ce moment le phénomène Magic system n’existait pas encore !haha !

Les tenues que vous confectionnez sont particulières.

Oui mes tenues sont beaucoup accès sur le métissage culturel entre l’Europe et l’Afrique. Quand on observe ma ligne de vêtements on remarque que les coupes sont beaucoup accès sur le style européen, mais les matières elles, sont africaines. Je n’importe pas les matières que j’utilise, chaque fil de chaque tenue que nous confections nous vient d’Afrique. Soit c’est de la Cote d’Ivoire, soit du Burkina soit du Mali. C’est ainsi aussi que je permets à des femmes à des jeunes de vivre. Que ce soit les teinturiers, les tisseuses les couturiers, nous leur permettons de manger tout en contribuant au développement culturel du pays.

Vous êtes un modèle pour beaucoup de personnes de nos jours.

Oh je ne sais pas, un ennemi pour d’autres aussi.je peux être un modèle pour certains et représenter aussi un danger pour d’autres. Certains diront que François 1er est venu au Burkina Faso, il a développé la mode contemporaine, le coton bio ; à travers lui de grandes lignes ont changé ; le Burkina Faso est vu un peu partout dans le monde.il y a des jeunes qui me prendront pour modèle ;il y a aussi des dinosaures qui pourraient penser que François 1er est venu gratter leurs pains, qu’il veut prendre leur place et tout. Bon on ne peut pas être aimé par tout le monde, c’est ça aussi qui fait le charme de la vie.

Selon vous quelle place occupe l’art vestimentaire dans la culture burkinabé ?

L’art vestimentaire est très important dans la culture africaine, pas seulement Burkinabé. Seulement ce n’est pas assez valorisé. Jusqu’à présent je remarque que quand on dit culture, on voit le tam-tam la musique, c’est eux qui occupe la grande place, on voit d’autres activités, mais quand on parle d’art vestimentaire, on se rend compte que c’est un domaine qui n’occupe pas une assez grande place. Pourtant il n’y a rien de plus fort en matière d’identité culturelle que l’art vestimentaire. A travers l’habillement d’une personne on connait son origine. Le Faso Dan Fani c’est burkinabé, le pagne baoulé c’est ivoirien, le basin c’est malien, le Sénégal, le Ghana et tout. L’art vestimentaire, c’est ce domaine culturel là qu’on porte directement. C’est ce qui se remarque à première vue.

Le secteur de la mode est le plus grand pourvoyeur d’emplois dans ce monde culturel ; ce même secteur de la mode c’est ce secteur-là qui aide le citoyen a bien vivre. Quand il se lève le matin qu’il est bien habillé, il est de bonne humeur comme s’il venait d’écouter sa chanson préférée.se rendre au service quand on est bien habillé, c’est un facteur qui fait qu’on est bien vu, ça donne une bonne ambiance dans le service, dans l’entreprise. Voyez-vous, si on lui hôte son luxe et sa mode a Paris, sa valeur décroît. C’est le luxe qui fait vivre Paris.si on lui prend ses grands couturiers, son luxe, Paris tombe. C’est ça qui fait la culture française. Donc nous aussi faut qu’on valorise notre style. Chaque pays africain a une identité vestimentaire sur laquelle fonder sa culture, mais le problème c’est que la musique est beaucoup plus mise en avant.

Selon vous à quoi cela est-il  dû ?

Il y a ces acteurs là aussi qui ne font pas assez de bruit que les musiciens. Ces acteurs qui n’ont pas de syndicat, qui ne sont pas assis devant les ministères, qui ne font rien, donc on met les musiciens en tête de la culture.

La marque François 1er a parcouru beaucoup de chemin. C’est une marque qui est déjà assez grande, au jour d’aujourd’hui. Quel avenir lui voyez-vous ?

Oh je compte continuer son expansion. Mais vous savez la réussite elle est collective. L’avion ne se fabrique pas à une seule personne.il y a des petites mains qui font les boulons, certains font l’aile, tandis que d’autres s’occupent des roues.il en est de même dans la couture. J’ai besoin de professionnels dans le tissage, de professionnels dans la teinture, d’autres pour la commercialisation, la couture, la recherche, le design et tout. Réussir seul ce n’est pas réussir.il faut que d’autres jeunes qui s’inspirent de moi, fassent comme moi, afin que dans le pays il y ait plusieurs « François 1er »seul on gagne bien sa vie, on fait ce qu’on aime mais ce n’est qu’a plusieurs que l’on peut vraiment estimer avoir réussi.

Le message que vous aimeriez transmettre à travers votre histoire.

A travers mon histoire j’aimerais que les gens se rappellent qu’aucun artiste ne peut réussir sans la passion de ce qu’il fait. Quand on s’engage dans une activité sans la passion qu’il faut ; juste à la recherche de l’argent, on a échoué d’avance. Un autre message qui s’adresse à la nouvelle génération, c’est qu’ils comprennent que dans le domaine de l’art qui englobe la couture la musique, le théâtre, le cinéma, la peinture, la danse… il y a ce qu’on appelle la professionnalisation.il faut chercher à être professionnel ; œuvrer à ce que son travail réponde aux normes du professionnalisme. C’est ainsi qu’on réussit à être classé parmi les meilleurs, voire même qu’on devient le meilleur.

Votre philosophie de vie.

Oh elle est énigmatique et aussi biblique. C’est de vivre bien et permettre à autrui de vivre. Permettre à autrui de vivre, ça peut avoir de bonnes retombées et aussi de mauvaises retombes. Celui que tu aides peut se comporter bien avec toi tout comme il peut mal se comporter avec toi ; mais vivre seul ce n’est pas une vie parce que la vie c’est une chaine, on appartient à une chaine.

Les idéaux derrière votre passion, derrière votre mode ?

Juste une, l’amour !l’Amour de ce que je fais, l’amour des autres, l’amour du prochain. C’est l’amour qui m’anime, qui me permet de faire des choses, d’aider les autres. L’amour pour moi est au centre de tout.

Idole ou pas, modèle ou pas, François 1er est et demeure l’une de ses personnalités qui prouvent de par leur agir, de par leurs idéaux, que les rêves se réalisent, suffit juste d’y croire, de ne jamais cesser d’y croire.

« Je veux laisser quelque chose aux prochains, laisser une histoire ; qu’un jour on dise qu’il y a un idiot qui était là qui a fait la mode »

François YAMEOGO alias François 1er

Anoumabo.com/BURKINA

KAM LE P’TIT JOURNALISTE

Crédit photo : Jean-Daniel GYGER

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